Sur le sol aride d’une contrée burkinabé, menacé par le désert, un homme. Un, qui sort de l’ordinaire et marque les esprits, Yacouba Sawadogo.

Yacouba, dans ce bain dit de désespoir et de pauvreté qu’inspire la sécheresse, a pu faire renaître l’espoir pour toute une génération par son abnégation et sa résilience. Pendant des décennies et pour refaire naître la verdure sur ce sol sec et démuni d’Afrique de l’Ouest, ce septentenaire a planté des arbres jour et nuit, sous la pluie et le soleil. Il a fait face aux insultes à cause de sa démarche que beaucoup n’ont compris que très tard : « les gens pensaient que j’étais fou quand j’avais commencé à planter des arbres… » confiait-il. Mais sachant ce à quoi il s’était engagé et confiant que cela portera des fruits, il a continué son œuvre et pu, à lui seul, faire naître une forêt sur des hectares. Les maldisants à son égard furent partie des bénéficiaires directs de son œuvre. Mais il ne vivra pas longtemps pour voir le nombre de sourires et la masse d’espoir qu’il a pu faire renaître. Il partira de ce monde le 03 décembre 2023.

La force et la résilience démontrées par Yacouba ont porté du fruit et ont transformé la face de toute une communauté. Et la verdure, couleur même de l’espérance, grandit tout en contaminant le peuple qui, enfin, l’accueille en héros. Il en est un ! On le surnomma « l’homme qui a arrêté le désert ». De cette histoire, il y a des multitudes de leçons à tirer. Sans prétention de pouvoir les couvrir de façon exhaustive, je vous livre ci-dessous les enseignements que m’inspire le parcours de Yacouba Sawadogo.

 

L’impopulaire est souvent révolutionnaire
Yacouba a à travers son engagement démontré un grand niveau de résilience face aux critiques. Beaucoup (si ce n’est pas tout) de son entourage ne comprenant pas ce qu’il avait comme objectif l’ont qualifié de fou. Peut-être son ambition défiait toute logique. La logique sociale formée à partir de ce qui existe, des expériences passées, les désillusions connues, etc se sont constituées en obstacle à la compréhension de l’idée de Yacouba. Cependant Yacouba n’entrait pas dans ce cadre car il s’était fait imperméable à ces approches défaitistes et s’est accroché à son projet. Il voulait réaliser quelque chose que les gens de son village ont peut-être échoué à faire, il avait une ambition qui dépassait sa personne. Il avait surtout une méthode et de la patience nécessaires pour avancer progressivement vers la réalisation de son rêve, et il l’a finalement fait.

Ce que j’en tire comme leçon fondamentale est que pour tout projet qui n’a pas encore existé et qui est bien parti pour être impopulaire, il faut s’attendre à des découragements et des critiques. Ces derniers se basent sur l’existant, sur les déceptions passées qui nourrissent l’imaginaire des individus et des communautés. Cependant, tant qu’il y a une clarté des idées et une méthode bien ficelée pour la mise en œuvre progressive d’un projet, il faut s’armer de beaucoup de patience et d’abnégation pour enfin voir le rêve se réaliser. Ce qu’il y a de particulier avec Yacouba est qu’il n’a pas arrêté bien que sa méthode et son travail ne lui apportaient pas directement le résultat attendu. Il a dû attendre longtemps, répétant les mêmes gestes constamment et dans un environnement hostile. C’est ce faisant qu’il a obtenu le résultat connu de tous. Son exemple devrait inspirer tous ceux ambitionnent de créer de nouvelles solutions, d’innover dans leur secteur et de rêver grand pour leur communautés. Sans la patience, la méthode et la clarté d’idées pourraient s’avérer insuffisantes.

Il existe encore des personnes de bien
La Nature par excellence du Bien

Dans les traditions africaines, l’acte de charité est un acte profondément désintéressé, préférablement anonyme, et protégeant nécessairement la dignité des bénéficiaires, etc. Une légende africaine explique pourquoi dans les communautés anciennes, les habitants des villages choisissent la nuit pour déposer leurs aides à la porte des familles qu’ils savaient en difficulté. Selon la légende, ceci était fait pour deux raisons fondamentales. D’abord pour préserver la dignité de la famille aidée et ensuite solidifier la cohésion sociale car, ne sachant pas qui sont leurs bienfaiteurs, les bénéficiaires d’acte de charité considéraient tous les villageois comme étant leur potentiel bienfaiteur. La reconnaissance était alors vouée à beaucoup de villageois à travers l’acte d’un seul.

Le détachement des bienfaiteurs dont parle la légende, est ce dont a fait preuve Yacoubou. Il sait qu’il ne bénéficiera pas des fruits de ses sacrifices de son vivant. Cela ne l’a toutefois pas empêché de supporter les railleries en plus des longues journées de travail qu’il s’imposait, personne âgée de son état. L’acte qu’il a posé et le fruit qui en est sorti fait partie de ce qu’on pourrait appeler don sacrificiel car le sacrifice qu’il fait pour que les générations futures soient dans de meilleures conditions de vie est total. Yacouba enseigne que la reconnaissance ne devrait pas être la condition pour faire le bien. Le bien se fait non pour un satisfaire un égo personnel mais pour répondre l’appel de s’élever un peu au-dessus de l’instinct animal qui généralement pousse l’homme à ne penser uniquement qu’à soi et aux proches.

L’exemple de Yacoubou est d’autant plus précieux à notre époque où l’avènement des réseaux sociaux, a largement travesti l’image traditionnelle du bien(fait) et l’individualisme, l’égocentrisme et le marchandage de tout effort ont tendance à prendre le dessus sur certains principes cardinaux de la vie sociale. Les œuvres de bienfaisance publiées à longueur de journées sur les plateformes publiques, à quelques exceptions près, s’apparentent plutôt à un marchandage égoïste duquel on tire une gloire personnelle ou des intérêts matériels. Le fait que les réseaux sociaux constituent un espace d’apprentissage et leur popularité (utilité largement reconnue) dans le quotidien d’une nouvelle génération suggèrent un effort de recentrage sur les significations fondamentales de certaines actions dans le cadre social.

Yacouba nous démontre, en plus de que ce monde corrompu et égoïste renferme aussi des personnes courageuses, soucieuses du bien commun, purement altruiste et qui se battent dans l’ombre pour le bien des autres sans chercher quoi que ce soit pour soi. Yacouba aurait vécu accompli même s’il n’avait pas bénéficié des distinctions internationales et des financements car, la forêt qu’il a créée demeurera pour les décennies voire les siècles à venir, et son œuvre restera gravée dans les mémoires pour une longue durée.
Au cœur de notre époque nous imposant des conflits et des valeurs d’un bonheur contrefait et aliénant, il est encourageant de constater l’existence de personnes inspirantes dont l’engagement désintéressé donne du goût à la vie des autres. L’œuvre de Yacoubou mérite qu’on s’en émerveille car elle invite à méditer et à miser sur le bien.

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